Affichage des articles dont le libellé est A voir lire écouter goûter renifler.... Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est A voir lire écouter goûter renifler.... Afficher tous les articles

samedi 17 novembre 2007

"FOUTUS NEGRES !"


Bam !
L’Afrique hurle.
Bam !
Elle implore qu’on l’achève.
Bam !
Elle crie sa haine.
Bam !
Sa haine du mal qu’on lui a fait et qu’elle s’est fait à elle-même.
Bam !
"Arrosez-moi de sang, de merde, de pisse, de vomi et de sperme" lance-t-elle.
Bam !
A ce Dieu qui l’a tant aimée et tant châtiée.
Bam !
L’Afrique hurle.

Bam !

Et la salle applaudit. Certains se lèvent. C’est ce qu’on fait dans ce genre d’occasion. Mais l’esprit est ailleurs, ou plutôt, il est resté dedans. On applaudit par réflexe. On applaudit pour ne pas vomir, pour ne pas pleurer, pour ne pas crier. On applaudit la prestation, forcément, démente. Mais le spectacle n’est pas fini. Malheureusement. Il continue de tournoyer dans nos têtes. On est tous un peu ivres, chancelants. Quand les applaudissements cessent, les corps sortent en file indienne. Mais l’esprit est ailleurs. Il est resté dedans. La salle recrache les corps tels qu’elle les avaient ingérés. On ne peut pas en dire autant des esprits. Chamboulés, torturés, violés. Sûrement pas plus légers.

Les "Bam !", c’étaient les coups de mortiers frappés par Dorcy Rugumba. Dorcy Rugumba, c’est un rescapé du Rwanda, et l’auteur de la pièce. La pièce, c’est Bloody Niggers !. Bloody Niggers !, c’est au-delà des adjectifs qualitatifs, c’est juste essentiel.

Je n’en dis pas plus. C’est aux trois interprètes de Bloody Niggers ! de vous en parler.

WAAMOS !


+++++++++++++++++++++++++
Quelques liens, ici et là, et là aussi (le dossier de presse), pour en savoir plus. Si vous le pouvez, courez-y. S’il-vous-plaît.

dimanche 14 octobre 2007

9,9 RAISONS D’ALLER VOIR 99F

1 ] Jan Kounen. Sûrement un des meilleurs réalisateurs français. Complètement mésestimé. Ultra-talentueux, il nous livre à chaque fois des films carrément bandants où sa maîtrise de la caméra nous en fout systématiquement plein la gueule. C’est rare. Pour preuve le quart d’heure trippant qui clôt Blueberry, un film juste beau et injustement massacré par la critique. Regarder un film de Kounen, ça revient à accepter de faire le voyage initiatique d’un aliment dans le système digestif. C’est éprouvant. C’est censé être ça du cinéma.

2 ] Jean Dujardin. Un grand. A deux-trois films de devenir le meilleur acteur français. Un caméléon génial qui se fait un malin plaisir casser son image à chaque film. Et surtout, il enchaîne les rôles intéressants. De OSS 117, caricature du Français colonialiste-friendly au père détruit de Contre-Enquête, il peut tout faire, dans tous les registres, et il le fait bien ! Allez, y a Clovis Cornillac aussi, et, euh, si vous en voyez d’autres, faites-moi signe…

3 ] Frédéric Beigbeder. Au-delà de son image de dandy intello fêtard, membre du Top 10 des auteurs français les plus : talentueux, lus, inventifs. Son Windows on the World sur le 11 septembre se tape non seulement le prix Interallié et le culot d’être le bouquin le plus "vrai" sur le sujet. Et en plus, son émission ciné, Le Cercle, est vachement bien (pub). Et 99F version papier était déjà dans le panthéon littéraire des années 90, à côté de Bret Easton Ellis. La classe. Américaine.

4 ] Le sujet. S’attaquer à la pub quand on fait un film, c’est couillu, quand on sait à quel point le cinéma est dépendant du marketing. D’ailleurs, Les trois du haut ont galéré pour réussir à le produire tellement le sujet est sensible et le film rentre-dedans. Très rentre-dedans. Et tellement énorme dans ce qu’il dénonce qu’on se dit que la réalité ne peut être que pire. Et d’un coup, la pub, ça fait plus rêver. Du tout.

5 ] Nicolas & Bruno. C’est qui ça ? Les créateurs du Message à Caractère Informatif, détournements débiles et très drôles de vieux films d’entreprises déjà fendards sans qu’on y touche. C’est aussi à eux qu’on doit la version française de The Office, Le Bureau, avec Berléand. Oui, OK, mais quel rapport ? Ben ils ont aussi écrit l’adaptation de 99F, en le mettant au goût du jour (le bouquin a quand même 10 ans) et en le boostant pour son passage sur grand écran, tout en y rajoutant leur regard corrosif sur la société de consommation.

6 ] J’ai adoré. Et si j’ai adoré, c’est que c’était bien. C’est une loi universelle. Comme la fission de l’atome ou la relativité. Ou la tartine de confiture qui tombe toujours sur la face tartinée. Ou celle qui dit qu’un film français est forcément frileux et identique à une bonne dizaine d’autres. Celle-là, 99F la broie vaillamment. Et ça, quand ça fait dix ans qu’y a un ou deux films français qui valent le coup par an, ça rend le sourire ! (Allez, trois ou quatre…)

7 ] Le style. On passe du dessin animé à la fausse pub. De l’intro ego-apocalyptique à une fin au menu. On casse l’illusion cinématographique. Ceux qui disent que le film est incapable de dénoncer la pub car il s’y vautre visuellement ont dû, comme d’hab’, ne voir que la bande annonce, puisque le film adopte un style pubesque dans une scène juste pour en démonter et en démontrer les rouages dans la suivante. Et c’est putainement efficace. Et cradement beau. Et joliment laid. Comprenne qui voudra.

8 ] Les seconds rôles. Jocelyn Quivrin. Patrick Mille. Nicolas Marié. Elisa Tovati. Vahina Giocante. Et même Kounen et Beigbeder pour en rajouter encore plus dans la mise en abyme d’un film qui en est déjà une vertigineuse. Des gueules. De bons acteurs. Des rôles ahuris et ahurissants. Et c’est tellement rare dans un film français.

9,9 ] La toute fin. Je le dirai jamais assez, mais il fait toujours, oh grand toujours rester jusqu’à la fin du générique de fin. Sinon on loupe la seule bonne scène de X-Men 3 ou la bande-annonce exclusive du troisième Matrix à la fin du 2. Et là, la toute fin de 99F est LA bonne idée d’un film qui en est truffé et le clôt avec intelligence et nostalgie, puisqu’il s’agit de …/…

Ben ouais, on avait dit 9,9, faudra aller voir le film pour savoir, bande de nazes !

WAAMOS !

samedi 8 septembre 2007

POURQUOI LUI ?...

C’est l’histoire d’un mec. C’est toujours l’histoire d’un mec, allez-vous m’dire ! Oui, mais là, c’est vraiment l’histoire d’un mec. (Et de son singe.) Un mec et c’est tout.

Pourquoi un mec ?...
Parce que Yorick est le seul survivant d’un fléau inexplicable (épidémie, malédiction, attaque terroriste ?) qui, en une heure, tue tous les porteurs du chromosome Y sur la planète. Tous les hommes. Tous les mâles. Tous. Sauf Yorick, et son singe.

Pourquoi eux ?...
C’est là toute la question que pose Y : The Last Man, le comic-book de Brian K. Vaughan et Pia Guerra. Pourquoi diable Yorick et son singe ont-ils réchappé au fléau ? C’est ce qu’ils vont tenter de découvrir, aidé par une agente ultra-secrète chargée de le protéger et une scientifique spécialisée dans le clonage.

Pourquoi c’est la merde ?...
Tout seul dans un monde peuplé uniquement de bonnes femmes. Pour beaucoup, ce serait le bonheur. Le pitch idéal du film porno idéal. Mais non, premièrement Yorick reste caché, parce que nombre de femmes qu’il croise sur sa route préféreraient le voir mort que tout nu tout fier. Ensuite parce que le monde régi par les femmes est loin d’être idyllique : la planète est sans dessus-dessous et une troupe de lesbiennes folles furieuses, les Amazones, font régner la terreur dans toute l’Amérique.

Pourquoi il baise pas ?...
Eh ouais, pourquoi il couche pas, ce con ?! Parce que Yorick n’a qu’une idée en tête : retrouver sa petite copine, Beth, paumée à l’autre bout de la planète, et qu’il s’était promis d’épouser peu avant que le fléau surgisse. Et Yorick est un grand romantique, fidèle et tout et tout… Quoique…

Pourquoi il faut le lire ?...
Un : Vaughan est, de l’avis de ses pairs, un des meilleurs scénaristes de comics actuels. Outre Y, il a aussi créé Ex Machina, l’histoire d’un super-héros devenu politicien, et Runaways, la cavale de jeunes aux super-pouvoirs qui découvrent que leurs parents sont des super-vilains. (Super.) De plus, il a rejoint la team de Lost, la série la plus intelligente du moment, dont il a déjà signé un épisode à la fin de la saison 3. Deux : Y est indéniablement la meilleure idée des dix dernières années et pas seulement. La série torpille les clichés ("ah, si le monde était dirigé par des femmes, le monde irait mieux !" > niet !), assène les dialogues vifs et acérés (la marque de fabrique de Vaughan) et est intelligemment ultra-référencé (il faut une licence en littérature anglo-saxonne pour comprendre certaines piques).

Pourquoi vous allez le lire ?...
Parce que je vous garantis (promis-juré-craché) qu’en à peine deux pages, vous serez déjà fans : le premier épisode fonctionne comme un compte à rebours haletant avant le fléau et nous plonge directement dans l’univers de la série. Et si j’vous dit qu’c’est génial, merde !

WAAMOS !

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
Y : le Dernier Homme – écrit par Brian K. Vaughan et dessiné par Pia Guerra – en albums chez Panini Comics

lundi 30 juillet 2007

WE ARE ALL SERIAL-KILLERS

On est tous des tueurs en séries. (Pour ceux qui ne maîtrisent pas la langue de Shakespeare et de Condoleeza Rice.) C’est un peu l’état d’esprit dans lequel on baigne après avoir terminé la première saison de Dexter. Dexter, c’est Dexter Morgan. Un cas d’école : un médecin légiste spécialisé dans les taches de sang dont le passe-temps favori est de dessouder à la scie circulaire des enfoiré(e)s, sans distinction de sexe ou de milieu social, à partir du moment où ils ont réussi à échapper à la Justice, avec une majuscule. Lui, c’est la justice avec une minuscule, celle qui se fait discrète et efficace, celle qui règle son compte dès les premières minutes de l’épisode 1 à un curé pédophile qui enterre ses victimes dans les bois. Une justice qui n’est pas celle des hommes, parce qu’elle est n’est pas faillible.

Dexter, c’est la petite voix au fond de nous qui se dit "Il mériterait de mourir celui-là". Et si Dexter franchit la ligne rouge que la société nous interdit de traverser, c’est parce qu’il n’est pas humain. Dexter n’est pas un homme, c’est un concept. Aussi passe-t-il le plus clair de son temps à mimer le comportement humain, avec sa sœur, sa petite amie, ses collègues, à tenter du mieux qu’il peut de ressembler à ce qu’il n’est pas : un être doué de sentiments. Et pourtant… L’arrivée dans sa vie du Ice-Truck Killer (le Tueur de Glace chez nous), serial-killer qui vide des prostituées de leur sang avant de les découper et d’en congeler les abats, va bouleverser son petit univers et le mettre face à lui-même, ou plutôt lui révéler l’existence d’un lui-même.

Oui, parce que ce qui aurait pu paraître à prime abord une diatribe pro-peine de mort assez discutable n’en a ni le goût ni l’odeur en cela que le série est plus intelligente que ça. Elle ne pose jamais la question du bien et du mal (7 à la Maison s’en occupe pour elle) et interroge sur la complexité de la nature humaine, de la société qui le façonne, sur leurs limites réciproques et surtout sur le moment où l’impuissance de l’un force l’autre à prendre la relève. En gros : qu’est-ce que l’individu peut faire que le groupe ne peut pas (moralement, légalement, physiquement) et vice-versa. Alors, oui, comme ça, ça paraît prise de tête comme tout, mais tout comme Dexter paraît être le gendre idéal.

En fait, la série est à ce point magnifique qu’elle parvient à disséminer ces réflexions derrière une forme qui a plusieurs fois chez moi provoqué des inondations de sous-vêtements ! Premières gouttes de joie d’urines : la musique, de Daniel Licht et Rolfe Kent, tout dans la retenue et l’angoisse pernicieuse, couplée à des morceaux de musique cubaine (Miami oblige) qui viennent contrebalancer avec l’horreur de certaines scènes. Car le ton de la série est pour beaucoup dans son originalité. En témoigne la scène où, avant de mettre à mort un couple de passeurs criminels, Dexter, curieux, les interroge sur la recette miracle du couple qui marche. Ensuite, visuellement, ça fait plaisir à la rétine : tout est léché, surtout les quelques scènes gores, crispantes bien comme il faut (la chambre d’hôtel tapissée de sang !!!). Et après, bon, tout est parfait, aussi bien le rythme, qui ne flanche jamais, que la distribution, excellente.

Et puis il y a Michael C. Hall. Décidément de tous les chefs-d’œuvre télévisuels (c’était lui le génial frère pédé refoulé de Six Feet Under -voir article plus tôt dans le blog-), il campe Dexter Morgan avec un brio époustouflant. Et je m’indigne ici : c’est une honte innommable qu’il n’ait pas été nominé aux Emmy Awards, récompense qui lui revient de droit de l’avis général. Hall est une évidence pour le rôle, tant il joue juste sans jamais pencher dans la caricature, à savoir : soit le psychopathe au regard de psychopathe qui se comporte comme un psychopathe, soit le pauvre gamin traumatisé par une expérience atroce dans sa petite enfance (quoique... et encore, ce n’est pas aussi simple que ça, et c’est d’ailleurs tout le sujet du dernier épisode de la saison). Il joue Dexter comme si c’était le gentil voisin qu’on invite souvent à boire un verre et on devient son complice amoral car volontaire à travers les petits regards caméra qui closent régulièrement les épisodes. D’ailleurs, Dexter est à bien des égards le petit frère contemporain du Norman Bates de Psychose ou du Mark Lewis de Peeping Tom (très grand film génial de Michael Powell, inconnu de tous sauf de Martin Scorcese, ce qui n’est pas rien). Comme eux, Dexter n’est pas juste un malade décérébré qui s’est mis à jouer avec un couteau, il est n’importe lequel d’entre nous si toutes les conditions avaient été réunies pour qu’on devienne un meurtrier pleinement conscient de ses actes. Il est ce qui se terre en chacun de nous, ce qui nous effraye en nous, et le plus remarquable avec la série c’est que cette part d’ombre finit par nous être sympathique. En témoigne la dernière scène de la première saison, synthèse festive de toutes les problématiques de la saison.

En gros, regardez Dexter, par le biais que vous voudrez, légal ou pas, tout le monde s’accorde à dire que c’est la meilleure série de l’année. Pour finir de vous convaincre, vous pouvez aller mater quelques teasers de la saison un (>ici<> ici<) ou celui de la saison deux (> ici<).


WAAMOS !