Il y a quelques semaines, des détenus de la prison de Clairvaux (quelque part en France, dans quelle région je sais pas, j'suis nul en géo et de toute façon on s'en fout !) ses détenus donc, ont envoyé une lettre au ministère de la justice (qui ne mérite qu'un "j" minuscule ces temps-ci) pour demander le rétablissement de la peine de mort... pour eux ! Waoh... J'sais pas vous, mais ça me fige... D'autant plus qu'un rapport de la commission européenne des Droits de l'homme (qui lui aussi ne mérite qu'une minuscule) vient de signaler fort justement que nos prisons n'ont rien à envier aux goulags ou à Guantanamo. Bravo le pays des Lumières ! On peut quand même se demander, outre l'insalubrité évidente des cellules de notre bon pays, comment des gens en arrivent à préférer la mort à la vie en prison. Mais ça, on s'en fout : "c'est pas des gens, c'est des criminels !".

Et c'est justement là la connerie : les gens qui croupissent entre leurs quatre murs n'appartiennent pas à une race différente de la nôtre, mais ce sont des gens comme nous, qui un jour, pour une raison X ou Y, ont enfreint les règles (et encore, je parle pas des innocents qui poireautent là en préventive en attendant leurs procès). Mais c'est nous qui avons souhaité un état policier où on fait de la répression plutôt que de la prévention, après avoir voté des gouvernements qui nous promettent toutes les sécurités sauf la sécurité de l'emploi ! Et qui dit "état policier" dit "foutez-moi ça en prison et qu'on en entende plus parler !". Oh, on parle d'êtres humains, merde !

On a aboli la peine de mort car elle était vengeance, pas justice. Mais est-ce plus juste d'enfermer les criminels ? De les laisser "entre eux" ? La justice ne serait-elle pas de les aider à devenir meilleur, de leur faire prendre conscience de leur faute et de les aider à ne pas récidiver ? Faut croire que non : la justice, chez nous, c'est les accabler, les blâmer, les réduire au rang de sous-citoyens (ne les prive-t-on pas de leurs droits civiques une fois en cage ?), les écarter de cette société dont ils ne maîtrisaient pas tous les rouages, les confiner comme les poulets contaminés par la grippe aviaire... Qu'espère-t-on en les abandonnant sans promesse d'avenir, sans espoir entre des murs sales et humides, dans des cellules surpeuplées qui puent la pisse, où la propreté et le confort sont inversement proportionnels à la gravité de la faute (vole plusieurs milliards, tu atterriras au carré VIP ! la mobylette, c'est pas un bon plan) ? On espère peut-être leur "donner une leçon" ? Quelle leçon ? Comment remplacer une chatte par le trou de balle du petit nouveau ? Comment se suicider avec une fourchette en plastique ? Comment apprendre avec des professionnels à récidiver en sortant ? Comment oublier le sentiment de liberté ? Est-on sûr de vouloir leur donner une leçon ?

Ou alors préfère-t-on tout simplement écarter ceux qui nous rappellent que nous aussi, un jour, on peut franchir la ligne et se retrouver à leur place ? Hein ?... On me dira alors : "tu peux pas remplacer les prisons, qu'est-ce que tu veux faire d'eux ? ils sont dangereux !" Autant que toi et moi. Car ce sont des êtres humains. Même le mec qui viole et tue des fillettes (ce qui est universellement reconnu comme le pire des crimes...) est humain. Autant que toi et moi. Mais les parquer comme des bêtes, des monstres dans des prisons, ça permet de se rassurer, de se dire, que non, y a nous, les bons citoyens, et eux, les criminels, qui sont nés et mourront profondément mauvais. Eh oh ! on se réveille, on est plus au Moyen Age ! Les prisons n'ont d'autre but que de cacher à une société trouillarde composée de trouillards qu'on a tous des faiblesses qui font de nous nos propres ennemis !

On leur reproche d'avoir ôté à quelqu'un un bien ou la vie. Mais nous, on leur ôte la liberté. N'est-ce pas pire ? A ces hommes et à ces femmes qui portent déjà le lourd poids de la responsabilité, on leur enlève le bien le plus précieux de tous, la liberté. Comment voulez-vous qu'ils et elles se reconstruisent, deviennent "meilleurs" si on leur enlève dès le départ tout espoir ? Que faire d'autre dans ce cas ? A un enfant qui rate une multiplication, on ne lui rétorque pas qu'il est nul en le virant de l'école, on lui apprend à la réussir. Et à une personne qui rate sa vie, que lui fait-on aujourd'hui ? Que lui fait la sacro-sainte justice ? Ces gens ont besoin d'aide, de mains tendues, de nouvelles chances, de nouvelles promesses, de nouveaux espoirs. Car si quelqu'un a ôté la vie et qu'on lui ôte la sienne, ne change-t-on pas la peine de mort en peine de vie, et ne sommes-nous pas tombés allègrement dans la vengeance pure ?

WAAMOS !

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Article originellement posté le vendredi 03 mars 2006 à 20:40 sur le précédent blog d'ixios.