ARBORE DES AUTOCOLLANTS ANTI-CPE !
Ca a l'air con comme ça, mais j'en ai deux collés sur ma veste depuis presque deux semaines, et jamais autant de gens que je connaissais pas ne m'ont adressé la parole. La preuve...
Jeudi 23 mars : j'étais dans le train, en train de bouquiner le dernier Charlie Hebdo en date (la une accrocheuse peut être arborée avec fierté afin d'attirer plus), si avec ça, j'avais pas un air de gauchiste... Dès mon entrée dans le wagon, une petite vieille d'une soixante-dizaine d'années me reluquait avec insistance... Lui rappelais-je son petit-fils ou un amant qui l'avait charmée pendant la guerre, fantasmait-elle en nous imaginant dans des situations érotiques avancées ? Je me le suis demandé en rigolant intérieurement pendant tout le trajet Strasbourg-Mulhouse. Passé la gare de Colmar, la dame vint m'aborder :
"Excusez-moi jeune homme, je vois que vous êtes contre le CPE, ça vous dérangerait de venir parler avec moi ?...
- Non, pas du tout, bien sûr !
- Vous voyez, on entend parler du CPE partout, mais on n'explique jamais réellement ce que c'est...
- Ben, en gros, c'est un contrat un peu de merde, si vous me permettez, puisqu'il réduit les droits des travailleurs à presque rien, puisque, entre autres, ils peuvent être virés sans motif...
- Oui, mais si la personne travaille correctement, elle n'a aucune raison d'être licenciée...
- Effectivement, mais si elle refuse de faire des heures sup', si elle tombe enceinte ou si elle tombe malade, ou en cas de harcèlement sexuel de la part du patron, il peut la virer comme il veut !
- Oui, mais un patron ne ferait pas ça, il pense quand même à ses employés...
- Désolé, mais aujourd'hui, un patron ne pense malheureusement qu'à se faire de l'argent, et un maximum de préférence...
- Oh, mais c'est triste ça ! Mais les politiques ne veulent pas ça, ils pensent d'abord au bien-être des gens !
- Ben, ce gouvernement pense plutôt au bien-être des patrons qui les financent...
- Ohlala, c'est vraiment triste ça ! Les gens ont complètement perdu la solidarité ! Plus personne ne se soucie de son voisin ! C'est une belle idée chrétienne, la solidarité !
- Oui, c'est même dans notre slogan national : "fraternité".
- Ah, je crois qu'on arrive à Mulhouse, merci beaucoup d'avoir discuté avec moi, jeune homme.
- Oh, pas de problème, c'était avec plaisir."
Quand j'y repense, qu'est-ce que je suis poli et bien élevé !
Mardi 28 mars : toujours dans le train, j'étais assis, un homme de 35-40 ans, debout dans l'allée à un petit mètre de moi me regarde avec le regard fuyant des gens qui n'osent pas. Je le laisse. Et enfin il ose :
"Vous êtes contre le CPE ?
- Oui.
- C'est bien. Vous savez, le gouvernement se fout vraiment de not' gueule ! - Oh oui, ça je sais !
- J'me souviens, y a une dizaine d'années, c'était contre le CPI, et on avait réussi à le faire retirer !
- Le CPI ?
- Oui, c'était aussi un genre de CPE, y avait juste le nom qui changeait !"
Si quelqu'un se souvient de ce CPI, qu'il laisse un commentaire à ce sujet afin que je meurs moins con, si c'est encore possible...
Jeudi 30 mars : aux caisses de l'UGC cinécité. 18 heures. Deux caisses ouvertes pour une centaine de personnes, vive les économies ! Un homme grossier, dans un costume bleu trop petit, un mouchoir rouge ornant sa poche de veste, derrière moi dans la file, se met à me parler :
"Vous êtes pour le CPE ?
- Contre.
- Oui, contre !"
Et là, il m'a baragouiné un bla-bla à peine audible sur de l'économie de marché couplé avec de la volonté de gouvernement. J'ai fait mine de l'écouter et j'ai continué à attendre. Ensuite, il s'est mis à pester sur la queue qui ne désenflait pas comme tous ces couillons qui ont pris cette habitude de gamins pourris d'avoir ce qu'ils veulent quand ils le veulent, et de préférence le plus vite possible (comme les connards et les connasses qui klaxonnent aux feux parce que la personne de devant a mis trois secondes au lieu de deux à démarrer). Et là, il le sort (attention, c'est culte) : "Vous voyez, si y avait le CPE, toutes les caisses seraient ouvertes !" Là, je m'étouffe à moitié de rire et à moitié d'indignation ! Bien sûr, le CPE est la solution à tout : le chômage, le SIDA, la faim dans le monde, le trou de la sécu et de la couche d'ozone ! Sur ce, je me suis empressé d'acheter ma place et de me carapater !
Vendredi 31 mars : je me rends à la gare. Pour ça, je traverse toujours une rue qui est le fief de quelques clochards fort sympathiques. En voyant mes autocollants, deux d'entre eux me saluent en tendant le poing :
"Ouais, on est avec vous !"
Je crois que c'était tellement beau que j'ai failli chialer. Ces mecs, ces rebuts d'une société qui veut coûte que coûte les oublier comme autant d'erreurs de parcours inavouables, ces mecs qui bouffent à peine et dorment une nuit sur deux dans la rue, ces mecs-là étaient là, avec nous, luttaient avec nous, à leur façon, juste en étant là, comme pour nous dire "on vous oublie pas", alors que ce serait à nous de leur dire ça ! Encore là je faille de pleurer tellement c'est beau.
Alors faisons quelque chose pour eux. Le Plan Grand Froid, qui leur garantit des lits au chaud pour dormir et pas crever la gueule ouverte dans la plus grande indifférence va être stoppé, malgré les protestations des associations qui veulent que ce plan soit modifié et étendu sur toute l'année. En tout, c'est des milliers de places qui vont être annulées et autant d'êtres humains qui vont dormir dans la rue, et peut-être y laisser leur peau.
WAAMOS !
_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _
Article originellement posté le vendredi 31 mars à 21:13 sur le précédent blog d'ixios.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire